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Histoire de la Jamaïque de la préhistoire à ce jour

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L’Afrique n’a pas d’histoire, dit-on. Pourtant elle est décriée, convoitée voire assiégée. Pour Tam-Tam 59, l’Afrique a une histoire. Voici celle de la Jamaïque

La Jamaïque est une île de la mer des Caraïbes et fait partie des Antilles. Elle est située au sud de Cuba et à l’ouest de l’île Hispaniola, territoire d’Haïti et de la République dominicaine.

Le nom Xamayca signifie « la terre du bois et de l’eau » dans la langue des Arawaks, peuple d’Amérique du Sud qui s’est établi sur l’île vers les années 1000 avant notre ère.

En 1494, Christophe Colomb y débarqua et y créa la ville « Sevilla la Nueva » appelé aujourd’hui, juste Seville sur la côte nord. Après le débarquement de Christophe Colomb, l’Espagne revendique la propriété de l’île et dès 1509, l’occupe et lui donne le nom de « Santiago de la Vega » aujourd’hui (Spanish Town).

 

Les Arawaks qui furent les premiers habitants constituèrent la première main-d’œuvre d’esclaves pour les Espagnols. Les Arawaks seront décimés par la maladie, l’esclavage et la guerre. Certains ne trouvaient une issue à leur condition servile que dans le suicide. C’est en 1517 que l’Espagne achemine en Jamaïque les premières soutes d’esclaves africains.

En effet, c’est Bartolomé de Las Casas, un prêtre espagnol œuvrant à la protection du peuple Arawaks qui suggère, ce qu’il devait regretter par la suite. Le recours à des esclaves africains. Il écrit plusieurs livres dans lesquels il dénonce avec véhémence le mauvais traitement que les conquistadores infligent aux indigènes et préconise que les Espagnols convertissent les Arawaks au christianisme. La domination espagnole a duré jusqu’en 1655.

Prise de la Jamaïque par les Britanniques

En mai 1655, faute de n’avoir pas pu prendre Saint-Domingue, une expédition britannique menée par l’amiral William Penn sénior et le général Robert Venables s’empare de l’île. Les espagnols s’enfuient après avoir libéré leurs esclaves. Dispersés dans la jungle, ils créent des dizaines de villages secrets sur le versant nord des Blue Mountains où sera cultivé plus tard le café “Jamaica Blue Mountain” et dans le “Pays Cockpit”. Pendant un siècle et demi, ces deux zones serviront, grâce à leurs nombreuses caches, de base arrière aux nombreuses révoltes d’esclaves marrons.

En 1657, l’amiral Robert Blake disperse la flotte espagnole. Le gouverneur de la Jamaïque invite les boucaniers, parmi lesquels beaucoup d’Irlandais de la Barbade, à s’établir à Port Royal, pour la défendre. En 1657 et 1658, les espagnols, venus de Cuba échouent dans leurs tentatives de reconquête de la Jamaïque, lors des batailles d’Ocho Rio et Rio Nuevo.

Les Britanniques s’installent à Santiago de la Vega rebaptisée “Spanish Town”. Pendant sa reconstruction, Port Royal fait office de capitale, puis devient une importante base arrière pour la piraterie. Les deux principales activités de l’île sont la plantation de cacao, dispersée dans la jungle, et la flibuste. La Jamaïque devient la capitale des pirates, corsaires et boucaniers ayant créé des établissements dans la baie de Campêche pour le “bois de teinture”.

Révolution sucrière à la Jamaïque

La Révolution sucrière à la Jamaïque, expression utilisée par l’historien Jean Sainton, se déroule entre 1666 et 1712 dans la colonie anglaise qui, connait un quadruplement de la récolte de sucre entre 1697 et 1712 et devient l’un des principaux producteurs du monde, pour l’approvisionnement en sucre de l’Europe.

Cette révolution entraina l’arrivée de très nombreux esclaves noirs dans les plantations de sucre. En 1672, la Compagnie royale d’Afrique a même été créée pour en importer plus. Des forts ont été bâtis sur le littoral de l’Afrique de l’Ouest et entre 1672 et 1713 d’où la compagnie y embarque 125 000 esclaves à bord de 194 navires. 25 000 captifs décèdent lors de la traversée.

En 1660, le roi Charles II créé la Compagnie des Aventuriers d’Afrique et une pièce d’or appelée « la guinée » a été frappée pour l’occasion.

Le marché du sucre était florissant et c’est 15 000 tonnes de sucre qui sont ramenées à bord de 200 navires à Londres chaque année. Mais, l’île est minuscule et la terre devient rare et chère. Les planteurs réclament la possibilité de s’étendre ailleurs. Plusieurs s’installent dès 1664 dans la Province de Caroline. Thomas Modyford, nommé directeur de compagnie des Aventuriers d’Afrique est chargé par le roi Charles II d’enseigner l’art de planter la canne à sucre aux flibustiers de la Jamaïque.

En 1670, lors du traité de Madrid, l’Espagne concède définitivement la Jamaïque à l’Angleterre.

La chasse aux pirates

En 1671, le gouverneur Thomas Modyford accusé d’avoir toléré la flibuste et le raid sur Panama, organisé par le chef pirate Henry Morgan, au risque de gâcher le rapprochement avec l’Espagne est remplacé par jacobite Thomas Lynch, planteur de sucre, négociant en esclaves et vétéran des guerres contre le parlement puritain avec pour but de briser les flibustiers

L’année suivante, le chef des pirates Henry Morgan est emprisonné à Londres. Puis, il est libéré à la demande du roi Charles II. Morgan, reçoit des terres et 126 esclaves, à condition de devenir planteur et de renier son passé de flibustier. Nommé ensuite gouverneur de la Jamaïque, il a pour mission de réduire l’activité des flibustiers.

En 1682, la Couronne britannique, craignant les révoltes, incite les capitaines de navires à importer aussi des blancs a qui elle accorde une gratification de 168 livres pour ceux venant d’Angleterre, 135 livres pour les Irlandais et 78 livres pour ceux venant d’Amérique. La population de la Jamaïque affiche alors la plus forte croissance démographique au monde.

La puissance sucrière jamaïcaine éclipsée par celle de Saint-Domingue

En 1700, bien que la production sucrière ait commencé vingt ans plus tôt en Jamaïque, c’est celle de Saint-Domingue qui domine le marché du sucre. De plus, la Royal Navy, en pleine expansion, coûte de plus en plus cher à entretenir, soit, un quart des recettes publiques britanniques. Londres cherche donc des financements.

En 1713, les impôts passent de 3 % à 9 % du PIB britannique. La Jamaïque est la première victime de la hausse des impôts indirects, lors de la création d’un “board des colonies” en 1696, qui se traduit par l’embauche progressive de 6 900 agents du fisc, chargés de contrôler des taxes élevées, en particulier sur les réexportations de sucre. Le Sugar and Molasses Act de 1733, puis le Sugar Act de 1764 vont cependant alléger la note. Mais, le retard sur Saint-Domingue est loin de se combler. Au XVIIIe siècle, la rentabilité, après impôt, des plantations jamaïcaines est deux à trois fois plus faible que celles de Saint-Domingue. A cela s’ajoutent les révoltes d’esclaves.

La révolution haïtienne qui débute à Saint-Domingue (colonie française) en 1791 redonne un avantage à la Jamaïque, qui devient premier producteur mondial de sucre en 1810, année où sa population d’esclaves noirs dépasse 350 000 personnes, avant que l’abolition de la traite négrière de 1807 ne stoppe le mouvement.

Le soulèvement des Marrons

Les esclaves jamaïcains, connus sous le nom de Marrons, se révoltèrent plus d’une douzaine de fois entre 1673 et 1832. L’une des communautés fut néanmoins expulsée dans les années 1790. Celle-ci constituera le noyau de la communauté créole du Sierra Leone en Afrique.

À Noël 1831, une révolte de grande ampleur, connue sous le nom de Baptist War, éclata. Sur les 300 000 esclaves de l’île, 60 000 se soulevèrent. Il s’agissait à l’origine d’une grève pacifique menée par le Baptiste Samuel Sharp. La rébellion fut matée dix jours plus tard par la milice des planteurs et les garnisons britanniques.

À la suite des pertes matérielles et humaines provoquées par cette révolte, le Parlement britannique ouvrit deux enquêtes dont les conclusions allaient grandement contribuer à l’abolition de l’esclavage le 1er août 1834 dans tout l’empire britannique. Les esclaves jamaïcains restèrent liés à leurs anciens propriétaires, mais avec une garantie des droits sous ce qui s’appelait Apprenticeship System.

La population pourtant libérée doit toujours faire face à des conditions de vie très difficiles, ce qui provoqua la rébellion de Morant Bay en octobre 1865, menée par George William Gordon et Paul Bogle. Elle fut brutalement réprimée. A la suite, l’Assemblée de l’île renonça à son autorité. La Jamaïque acquit alors le statut de colonie de la Couronne. La production de sucre diminua à la fin du XIXe siècle au profit de celle de la banane.

L’acquis de statut de Colonie de la Couronne favorisa l’émergence d’une classe moyenne au sein du peuple. Il s’agit de fonctionnaires subalternes et d’officiers de police dont la promotion sociale et politique avait été bloquée jusque là.

En 1872, la ville portuaire de Kingston étant bien plus grande et plus raffinée que Spanish Town située à l’intérieur des terres, accéda au statut de capitale de l’île.

En 1929, un certain Marcus Garvey, leader noir jamaïcain, producteur, journaliste, entrepreneur et orateur précurseur des mouvements du panafricanisme et nationalisme noir fonda le People’s Political Party, sinon le Parti Politique Populaire (également connu sous le nom de PPP ) qui était le premier parti politique moderne de la Jamaïque. Marcus Garvey établi un manifeste de 14 points, le premier de son genre dans l’histoire électorale de l’île. Certains points contenus dans le manifeste du PPP étaient : une journée de travail de huit heures, un salaire minimum…

Au printemps 1938, les travailleurs du sucre et ceux du port se révoltèrent dans toute l’île. Bien que réprimée, la révolte entraîna des changements significatifs, telle que l’émergence du syndicalisme dont celui d’Alexander Bustamante et d’Allen Coombs nommé Le Jamaica Workers Trades Union.

Le vent de l’indépendance souffle à la Jamaïque

Les mouvements nationalistes se développèrent sous l’impulsion de deux leaders jamaïcains, Alexander Bustamante et Norman Washington Manley.

Au milieu des années 1940, la Jamaïque gagna son autonomie. En 1944, l’île connait d’importantes modifications politiques.

En 1957, suite à des réformes, le conseil exécutif est remplacé par le conseil des ministres. Ce conseil est nommé par le Gouverneur avec à sa tête, un Chief Minister. En 1958, la Jamaïque rejoint ainsi neuf autres territoires britanniques au sein de la Fédération des Indes occidentales, organisation dont elle se retira en 1961.

Le 6 août 1962, la Jamaïque qui fut le théâtre d’un des plus importants soulèvements serviles des Caraïbes, obtient finalement son indépendance, mais demeure membre du Commonwealth. Le souverain britannique est reconnu comme chef d’État et est représenté par un gouverneur général comme dans la plupart des membres du Commonwealth, notamment le Canada ou l’Australie, la Nouvelle Zélande, mais aussi les îles Salomon ou Sainte-Lucie.

Le premier Premier ministre de la Jamaïque indépendante fut le travailliste Alexander Bustamante, fondateur du syndicat Le Jamaica Workers Trades Union.

Politique

Depuis son accession à l’indépendance, le pays a connu des troubles politiques et économiques sous divers dirigeants politiques. Le pouvoir changea régulièrement de main, généralement entre le Jamaïca Labour Party (JLP) et le People’s National Party (PNP).

En janvier 2012, c’est le retour au pouvoir du People’s National Party (PNP) mené par Portia Simpson-Miller. Lors de son discours d’investiture en tant que Premier ministre, cette dernière avait annoncé vouloir « couper le cordon avec la couronne britannique », en ajoutant : « nous initialiserons le processus de détachement de la monarchie pour devenir une république, avec notre propre président autochtone pour chef d’État ».

Elle n’a pas fait long feu. En effet, après quatre ans de pouvoir, elle a perdu les élections législatives au profit du Jamaïca Labour Party (JLP) sans avoir pu mettre en œuvre son projet de détachement de l’empire britannique.

En 2016, Andrew Holness du Jamaïca Labour Party (JLP) devient Premier ministre. Il est actuellement au pouvoir en Jamaïque.

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