Jeanne Martin Cissé : première Femme président du Conseil de sécurité des Nations unies

Jeanne Martin Cissé, enseignante et femme politique guinéenne

Aînée d’une fratrie de sept enfants, elle est née le 6 avril 1926 à Kankan en Guinée. Son père, Darricau Martin est employé des PTT et sa mère, Damaye Soumah est sage-femme, issue d’une famille Soussou.

Le père de Jeanne tient à ce que ses enfants soient instruits. Jeanne fréquente alors les écoles de Kankan puis passe en 1940 le concours de l’École Normale des jeunes filles de l’Afrique de l’Ouest, pour devenir institutrice. Elle est sélectionnée et poursuit sa scolarité en internat à l’École Normale de Rufisque, bien loin de sa contrée d’origine. Elle est la pre

mière jeune fille de Kankan à être reçue à ce concours, faisant la fierté de sa ville natale de Haute-Guinée. La scolarité dure quatre ans, et l’Ecole Normale est alors dirigée par Germaine Le Goff,

 

dont le projet éducatif est de faire de ces adolescentes, de futures enseignantes.

La volonté de la directrice de l’établissement est également de gommer les différents territoires dont sont issues les élèves pour favoriser une approche panafricaine : « Nous étions vingt-six dans notre promotion dont trois Guinéennes. Mais nous ne parlions pas de Guinée, de Sénégal, de Côte d’Ivoire… mais d’Afrique », précisa Jeanne Martin Cissé.

En 1944, diplôme en poche, elle est affectée comme institutrice à l’école des filles de Kankan. En 1946, elle épouse Mohamed Camara, un inspecteur de police qu’elle ne connaît pas, respectant la décision de sa famille. Encouragée par son époux et par Sarata Diané, une amie, elle devient membre de l’Union mandingue, une association régionale. À l’issue de la Seconde Guerre mondiale, sans rentrer réellement dans un processus de décolonisation, la seconde assemblée constituante française finalise en octobre 1946 la constitution de la quatrième République, et elle crée alors dans ce cadre institutionnel « l’Union française », regroupant la métropole, les départements et territoires d’outre-mer, des territoires sous mandat et des États sous protectorat.

Concomitamment, émerge dans les anciennes colonies de l’Afrique de l’Ouest, le Rassemblement Démocratique Africain (RDA) voulant fédérer les mouvements régionaux dans une logique panafricaine. Avec prudence, Jeanne Martin commence à fréquenter le milieu des fonctionnaires qui se politisent rapidement et fait notamment la connaissance de Sékou Touré, alors syndicaliste PTT.

Fin 1946, alors qu’elle est enceinte de trois mois, son mari meurt dans un accident de voiture. Elle-est affectée à Conakry, la capitale de la Guinée. Après une période d’hésitation, elle adhère au RDA en décembre 1947.

En 1948, elle se remarie avec Ansoumane Touré, un des fondateurs du Parti Démocratique Guinéen (PDG) animé notamment par Sékou Touré. En 1949, Ansoumane Touré est mutté à Dakar. Jeanne Cissé suit son mari. Sur place, ils continuent l’un et l’autre à militer et rejoignent l’Union Démocratique Sénégalaise (UDS), affiliée au parti communiste français et constituant une des branches du RDA.

Sékou Touré qui va souvent au Sénégal persuade Jeanne Cissé de représenter les femmes sénégalaises de l’UDS-RDA au congrès de la Fédération Internationale Démocratique des Femmes (FIDF) qui devait se tenir en octobre 1954 à Asnières. C’est à cette occasion que Jeanne effectue son premier voyage en Europe avec sa fille nouveau-née dans les bras.

En 1958, elle effectue à nouveau deux autres voyages, d’abord au congrès de la FIDF à Vienne puis dans les pays communistes, notamment la Chine et la Russie.

Après le « Non » de la Guinée à la Communauté Française proposée par le général de Gaulle lors du référendum du 28 septembre 1958, Jeanne Cissé est revenue en Guinée car son mari a dû quitter le Sénégal et a été nommé directeur de cabinet du ministre de la Santé dans la nouvelle République de Guinée, devenue indépendante et présidé par Sékou Touré. D’ailleurs, tous les fonctionnaires guinéens ont dû quitter le Sénégal.

En juillet 1959, elle participe avec quelques déléguées guinéennes, dont Loffo Camara, au premier et unique congrès de l’Union des Femmes de l’Ouest Africain (UFOA) à Bamako, tentant par cette organisation de maintenir un mouvement féminin panafricain. Mais la priorité semble être au combat politique pour l’indépendance et la décolonisation et certains thèmes retenus, notamment la lutte contre la polygamie et contre les mutilations génitales se heurtent. De retour à Conakry, Jeanne Martin Cissé continue en parallèle de s’engager et de grimper les échelons au sein du Parti Démocratique de Guinée, malgré le durcissement du régime. En 1968, elle est élue députée au Parlement guinéen. En 1971, elle entre au comité central puis au bureau politique.

Pourtant, les purges se succèdent, notamment après l’attaque appelé opération Mar Verde du 22 novembre 1970. Son propre mari, Ansoumane Touré, ainsi que des militantes proches d’elle, telle que Loffo Camara, qui l’avait accompagné à Bamako en 1959, sont arrêtés, emprisonnés au camp Boiro et y meurent quelques mois plus tard.

En 1969, elle fait inviter Stokely Carmichael, leader des Black Panthers et sa femme Myriam Makeba aux festivités nationales. Stokely Carmichael et Myriam Makeba s’installent en Guinée.
En début des années1970, elle se tient éloignée de la politique intérieure de Guinée. Elle se consacre alors essentiellement à l’action diplomatique.

En 1972, elle est désignée au poste de représentante permanente de la Guinée aux Nations unies, et devient par là même, ponctuellement présidente du Conseil de Sécurité de l’ONU. Elle est la première femme à accéder à la présidence du Conseil de Sécurité de l’ONU.

 

En 1974, elle est élue présidente du Comité spécial contre l’apartheid aux Nations unies. Elle effectue plusieurs déplacements en Europe, en Asie et en Amérique Latine, pour soutenir l’ANC au niveau international.

Elle est également la secrétaire générale de la Conférence des femmes africaines, déléguée à la commission de la condition de la femme à Genève durant 6 ans et à la commission des Nations unies chargée des affaires humanitaires.

En 1976, à la demande du président Sékou Touré, Jeanne Cissé revient en Guinée. Elle est nommée ministre des Affaires Sociales. Elle se consacre notamment à l’éducation des femmes. Après la mort de Sékou Touré, elle est arrêtée, début avril 1984 et détenue sans jugement jusqu’en mai 1985, puis libérée en compagnie de treize anciens ministres ou secrétaires d’État, cinq hauts fonctionnaires, Mme Aminata Touré, la fille aînée de l’ancien président, l’ancien chef d’état-major de l’armée de terre et dix autres militaires.

Selon un communiqué officiel, la libération de ces personnalités se justifie par l’absence de charges. Mais cette décision des autorités n’empêche pas un nouvel emprisonnement, pendant quelques jours, après le coup d’État manqué du colonel Diarra Traoré en juillet 1985.

Ayant a priori abandonnée tout rôle politique, Jeanne décide de quitter la Guinée dès sa seconde libération en juillet 1985 pour gagner le Sénégal puis les États-Unis. En 1988, elle accepte toutefois d’être associée au Comité international de solidarité en faveur des femmes et des enfants d’Afrique australe et effectue une ultime mission dans les camps de réfugiés de Zambie et du Zimbabwe.

En 2008, elle écrit son autobiographie, intitulée « La fille du Milo » et refuse de se prononcer sur le régime dictatorial de Sékou Touré.
Jeanne Cissé s’est éteinte le 21 février 2017 à Conakry. Elle reste dans les mémoires comme l’une des figures emblématiques du continent africain.




Sibeth Ndiaye, nouvelle porte parole de l’Elysée.

Tapis dans l’hombre de M. Macron depuis sa campagne présidentielle jusqu’à son élection, Sibeth est enfin révélée au grand public.

C’est lors du remaniement ministériel du 31 mars dernier que Sibeth apparaît au grand jour par sa nomination en tant que secrétaire d’Etat et porte parole de l’Elysée en remplacement de M. Benjamin Griveaux, parti briguer la Mairie de Paris.

Mais, qui est Sibeth ?

Sibeth Ndiaye est née le 13 décembre 1979 au quartier du Plateau de Dakar. Son prénom évoque les reines combattantes de la Casamance et signifie « qui a gagné beaucoup de combats » en langue diola.

Son père, Fara Ndiaye, a participé à la création du Parti africain de l’indépendance avant de devenir numéro deux du Parti démocratique sénégalais d’Abdoulaye Wade et membre de l’Assemblée nationale. Sa mère, Mireille Ndiaye, morte en 2015, est une haute magistrate qui a présidé la chambre pénale de la Cour de cassation du Sénégal, puis a été présidente du Conseil constitutionnel de 2002 à 2010. Pour Sibeth Ndiaye, son enfance « s’est nourrie du récit de la lutte pour les indépendances à laquelle ses parents, étudiants venus des anciennes colonies, ont participé ». Ses trois sœurs vivent en Afrique, l’une à Lomé (Togo), l’autre entre Lagos (Nigeria) et Abidjan (Côte d’Ivoire), l’aînée à Dakar.

Formation

Sibeth Ndiaye passe son adolescence au Sénégal, jusqu’à l’obtention de son brevet à l’institution Jeanne d’Arc de Dakar. Elle fréquente ensuite le lycée Montaigne de Paris, puis étudie la philosophie politique à l’université Paris-Diderot entre 2004 et 2006. Elle obtient en 2007 un master 2 en économie publique et protection sociale à l’université Panthéon-Sorbonne.

Parcours politique

Parallèlement à ses études, Sibeth Ndiaye milite au sein de l’UNEF de 1999 à 2006 et est administratrice de La Mutuelle des étudiants de 2003 à 2008. Elle déclare avoir adhéré au Parti socialiste en réaction à l’accession de Jean-Marie Le Pen au deuxième tour de la présidentielle de 2002. Avec Ismaël Emelien, Stanislas Guerini et Benjamin Griveaux, elle fait partie de l’équipe de campagne de Dominique Strauss-Kahn pour la primaire PS de 2006.

Résidant à Saint-Denis en Seine-Saint-Denis, elle est directrice de la campagne de Mathieu Hanotin lors des élections cantonales de 2008 sur le canton de Saint-Denis-Sud. Membre du courant strauss-kahnien, Martine Aubry la nomme secrétaire nationale du PS chargée de la petite enfance en 2009. Sa nomination est alors critiquée en raison de sa nationalité par Georges Sali, le responsable local du PS de Saint-Denis, section qu’elle jugeait alors « clanique ».

En mars 2008, elle est nommée cheffe du service presse de Claude Bartolone, nouvellement élu président du conseil général de la Seine-Saint-Denis, puis y devient chargée de mission en 2010. Elle soutient Martine Aubry lors de la primaire de la gauche de 2011 pour l’élection présidentielle de 2012. Après la victoire de François Hollande, elle devient chargée de mission presse et communication au cabinet d’Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif, et garde ses fonctions quand Emmanuel Macron lui succède à Bercy. Quand ce dernier fonde En Marche, après quelques jours de réflexion et l’insistance d’Alexis Kohler, elle l’y suit comme conseillère presse et communication, séduite par « la volonté de transcender les clivages existants, la tentative audacieuse pour essayer autre chose, et le sentiment que ça ne pouvait plus continuer comme avant ».

« La France m’a beaucoup donné. Aujourd’hui c’est à mon tour de lui rendre ». Dans « ce pays que je me suis choisi », a ajouté Sibeth Ndiaye, naturalisée en juin 2016, « avant même d’être Française, j’ai compté parmi les engagés de ce pays ». Il s’agit là d’une référence à son passé de militante de gauche en Seine Saint-Denis.
Le 8 mai 2017, elle se fait connaître du grand public par le documentaire de Yann L’Hénoret « Emmanuel Macron, les coulisses d’une victoire », diffusé sur TF1 le lendemain du second tour de l’élection présidentielle. Elle apparaît comme l’un des personnages clefs du cercle qui entourent et conseillent le candidat. Le 14 mai 2017, elle assiste à l’investiture de M. Macron et devient conseillère presse pour les affaires nationales auprès de Sylvain Fort, chargé de la communication de l’Élysée.

Après la communication dans le clan Hollande, Sibeth Ndiaye participe au verrouillage de la communication élyséenne. Elle parvient à faire déménager la salle de presse de l’Élysée, installée depuis Valéry Giscard d’Estaing dans la cour du Palais, malgré l’opposition acharnée de l’association de la presse présidentielle. Elle accompagne Emmanuel Macron seulement lors de ses déplacements à risques. Elle exige des employés de l’Élysée de ne pas se répandre en indiscrétions, et s’occupe du choix des journalistes accrédités dans les déplacements.

Les sondages de popularité d’Emmanuel Macron accusant une forte baisse durant l’été 2017 et sa distance avec la presse étant critiquée, le pôle communication de l’Élysée est alors renforcé par la nomination du journaliste Bruno Roger-Petit le 1er septembre. A ce sujet, le Figaro indique qu’elle est un temps affaiblie par la nomination de Bruno Roger-Petit. Elle entre alors dans une concurrence acharnée avec lui. Une bataille dont elle est sortie vainqueur .

Dimanche 31 mars 2019, elle est nommée secrétaire d’État et porte-parole du gouvernement en remplacement de Benjamin Griveaux.
Selon 20 Minutes, Sibeth Ndiaye va donc devoir convaincre puisque, depuis dimanche soir, les critiques de l’opposition se focalisent sur ses déclarations passées, en particulier sur celles rapportées par l’hebdomadaire L’Express en juillet 2017. Et elle s’était dite prête à « mentir » pour protéger le président. Lors de la cérémonie de passation de pouvoir organisée le lendemain de sa nomination, elle rétorque : « ces paroles ont été sorties de leur contexte et tronquées ». « Elles visaient à protéger la vie privée du président de la République dans un moment de vie personnelle, c’était ma fonction à l’époque ». Mais, pourquoi la critique t-on ? Que font donc les politiciens la plupart du temps ? Si ce n’est mentir au peuple en évoquant la raison d’Etat.

TT59 note que certaines presses en veulent beaucoup à Sibeth. TT59 espère qu’elle sera protégée et soutenue par le gouvernement pour qui elle travaille. Qu’elle ne sera pas abandonnée et livrée aux vindictes aux injures et aux infamies comme le fut Mme Christian Taubira, ex-ministre de la justice sous M. Hollande sans que le gouvernement ne démontre avec force son opposition à ce genre de comportement. Et tout ça se passait passivement en France, pays des droits de l’homme, où le racisme, l’antisémitisme et les discriminations sont pourtant interdits par la loi…

Nous rappelons que Sibeth n’est pas un ennemi du peuple ni d’Etat. Ses dires : « La France m’a beaucoup donné. Aujourd’hui c’est à mon tour de lui rendre ».




Maya Angelou

Maya Angelou (née en 1928) : un témoin méconnu des luttes afro-américainesun-témoin-méconnu-des-luttes afro-américaines

Femme noire et artiste engagée, Maya Angelou détonnait dans l’Amérique conservatrice des années 1950 et 1960. Toute sa vie, elle a écrit, dansé, chanté et surtout lutté aux quatre coins de la planète et aux côtés des plus grandes figures afro-américaines.

Une enfance douloureuse

Maya Angelou, de son vrai nom Marguerite Johnson, est née le 4 avril 1928, à Saint-Louis, dans le Missouri. Son père, Bailey Johnson est concierge. Sa mère, Vivian Baxter est à cette époque infirmière. La jeune Marguerite descendrait d’une famille Mendés de Sierra Leone. Son arrière grand-mère, Mary Lee, aurait été une esclave affranchie qui aurait eu un enfant avec son ancien propriétaire.

Très tôt, ses parents déménagent avec leur fille et leur fils aîné, en Californie. La vie californienne se passe mal. Les parents ne parviennent pas à gagner assez d’argent et se séparent. Ils sont donc très vite obligés de laisser leurs enfants, qu’ils envoient en train à Stamps, dans l’Arkansas, chez Annie Henderson, leur grand-mère paternelle.

Cette dernière possède une grande épicerie générale qui, malgré la période économique passée a pu gagner un peu d’argent. Pour Maya Angelou, c’est alors le retour vers le Sud, raciste et ségrégationniste et vers un mode de vie marqué par la foi religieuse. La jeune Marguerite se rapproche alors de son grand frère Bailey, qui, à cause d’un bégaiement important, l’appelle « My » au lieu de « my sister ». Quelques temps plus tard, alors que les deux enfants lisent un livre sur la civilisation maya, Bailey se tourne vers sa sœur et l’appelle Maya. Ce surnom, elle le portera toute sa vie.

Lorsqu’elle a 7 ans, elle part rendre visite à sa mère à Chicago. Durant son séjour, elle est sexuellement agressée par son nouveau beau-père. Maya décide alors de garder le silence et de ne parler de cette histoire qu’à son frère Bailey. Quelques mois plus tard, elle apprend qu’un oncle a tué son beau-père. Maya est terrifiée et imagine que ce sont ses mots qui ont tué cet homme. Elle entre alors dans un profond silence qui dure plusieurs mois, plusieurs années selon certains.

Maya revient finalement en Californie lorsqu’elle a 13 ans, pour intégrer la Mission High School, une école privée de San Francisco dont elle est d’ailleurs la première élève noire. C’est une institutrice et amie de la famille, Bertha Flowers, qui lui redonne envie de parler en lui faisant découvrir la littérature de Dickens, Shakespeare ou Poe. Par la suite, Maya obtient une bourse pour étudier la danse et le théâtre à la San Francisco’s Labor School. Très vite, elle abandonne ses études pour devenir la première conductrice noire-américaine de ces tramways à traction par câble célèbres à San Francisco.

Finalement, Maya reprend ses études quelques années plus tard. Quelques jours après avoir obtenu son diplôme, elle donne naissance à son fils, Guy. Maya a alors 16 ans et décide de quitter le foyer maternel. Elle doit donc élever seule son fils et travailler comme cuisinière pour gagner un peu d’argent.

Une carrière d’artiste

À 24 ans, elle épouse Anastasios Angelopoulos, un marin grec et commence à chanter et danser dans les bars. Marguerite Johnson devient officiellement Maya Angelou. Même si elle divorce rapidement, elle commence à voyager en Europe et se produit notamment en 1954 et 1955 avec la troupe du célèbre opéra Porgy and Bess. Dans le même temps, elle suit des cours de danse moderne avec la chorégraphe Martha Graham. Elle commence à se produire sur les plateaux de télévision en compagnie du danseur afro-américain Alvin Ailey et sort son premier disque en 1957, Calypso Lady.

Par la suite, elle joue dans la pièce de l’écrivain français Jean Genet, The Blacks. Cette pièce fut jouée à New York à partir du 4 mai 1961. Le succès fut tel que la pièce devint le « Off-Broadway » le plus longtemps joué. Avec James Earl Jones, Roscoe Lee Browne, Louis Gossett Jr., Cicely Tyson, Godfrey Cambridge et Charles Gordone, Maya Angelou joue cette pièce 1 408 fois.

À la fin de cette grande aventure théâtrale, elle écrit et joue dans Cabaret for Freedom, à nouveau avec Godfrey Cambridge, un noir-américain qui avait abandonné ses études de médecine pour le théâtre.

L’engagement politique

Sa carrière artistique va de pair avec un fort engagement politique. Ainsi, lorsqu’elle rencontre à New-York le sud-africain Vusumzi Make, la vie de Maya Angelou se transforme. Rapidement elle se marie avec ce proche de Nelson Mandela, part en Égypte pour devenir la responsable de l’édition anglaise de l’hebdomadaire The Arab Observer, puis au Ghana où elle devient assistante à la University of Ghana’s School of Music and Drama et écrit pour The African Review et The Ghanaian Times. À Accra, elle rencontre Malcolm X avec qui elle revient travailler aux États-Unis en 1964, pour l’aider à développer l’Organization of African American Unity.

Après l’assassinat de Malcolm X, Maya Angelou rejoint Martin Luther King et devient la coordinatrice de la section new-yorkaise de son organisation mais aussi la représentante du Nord pour la « Southern Christian Leadership Conference ». Elle poursuit tout de même sa carrière artistique en devenant notamment une productrice de télévision.

Les débuts littéraires

À cette époque, Maya Angelou multiplie les voyages et en profite pour apprendre le français, l’espagnol, l’italien et l’arabe. Mais le 4 avril 1968, le jour de ses quarante ans, Martin Luther King est lui aussi assassiné. Maya Angelou est dévastée et perd à nouveau l’un de ses proches collaborateurs et amis.

Encouragée par l’écrivain noir-américain James Baldwin, elle se met à écrire pour combler ce vide grandissant. Elle déménage alors à Harlem, côtoie nombre de jeunes écrivains noirs-américains et intègre le « Harlem Writers Guild ».

Elle fait publier deux œuvres autobiographiques qui la rendent célèbre : I Know Why the Caged Bird Sings en 1969 et All God’s Children Need Traveling Shoes en 1986. Mais elle écrit avant tout des poèmes. Le recueil Just Give Me a Cool Drink of Water Fore I Die, publié en 1971, est même proposé pour le prix Pulitzer. Une dizaine d’autres recueils seront publiés par la suite.
Mais l’auteur a également écrit des essais, comme Lessons in Living en 1993 ou Even the Stars Look Lonesome en 1997, des livres pour enfants (Mrs. Flowers en 1986 ou Life Doesn’t Frighten Me en 1993), des pièces de théâtre qui ont été jouées à New York, Los Angeles ou Londres (la revue Cabaret for Freedom en 1960, And Still I Rise en 1976 ou King en 1990), des scénarios de films ou de séries télévisées (Georgia, Georgia en 1972 qui fut le premier scénario écrit par une femme noire-américaine, The Black Candle en 2008 ou encore une série de dix épisodes d’une heure pour la chaine PBS intitulée Black, Blues, Black en 1968). Et preuve qu’elle a touché à tous les arts, elle a également réalisé des longs-métrages (All Day Long en 1974 ou Down in the Delta en 1998), joué pour le cinéma et le théâtre.

Même si elle multiplie les lectures à travers le monde entier pendant toutes ces années, ce n’est qu’en 2008 que certains de ses ouvrages sont traduits en français, ce qui peut expliquer que le public francophone ne la connaisse que très peu. L’éditeur canadien Les Allusifs a ainsi fait éditer : Tant que je serai noire et Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage. En 1981, elle s’installe en Caroline du Nord (tout en gardant sa résidence à Harlem) à Winston-Salem et obtient la chaire d’études américaines à l’Université de Wake Forest.
Depuis, son engagement politique se poursuit dans des voies plus institutionnelles, auprès du camp démocrate américain. Le président Gerald Ford la nomme au sein de la Commission pour le bicentenaire de la Révolution américaine. Le président Jimmy Carter la nomme au sein de la Commission présidentielle pour la Journée internationale de la Femme.

En 1993, Bill Clinton l’invite à écrire un poème, « On the Pulse of Morning », pour le lire lors de son investiture. Et en 2008, Maya Angelou a soutenu Hillary Clinton puis a rejoint le camp de Barack Obama dans la course à la présidentielle. En l’an 2000, elle reçoit la médaille présidentielle des Arts et en 2008 la Ford’s Theatre Lincoln Medal. Aujourd’hui, même si certains parents conservateurs critiquent certaines scènes jugées trop crues dans son autobiographie, I Know Why the Caged Bird Sings est enseigné dans les écoles américaines.

Hugo Breant