“La fille du Milo”: De Jeanne Martin Cissé

Mar 13, 2010

Œuvre littéraire remarquable touchant la Guinée dans son entièreté. Pour les nouvelles générations, un bouquin d’histoire qui réveille les sentiments et donne une vue profonde d’une certaine caractéristique de la Guinée pré et postcoloniale. Ici, Madame Jeanne Martin Cissé, dans un style particulier, franc et grandement admirable, actualise, avec une précision non ordinaire, un passé qui n’est pas aussi proche que l’année dernière.

D’une enfance passée à Kankan, au bord du Milo, l’auteur retrace le quotidien d’une tradition qui ne s’applique pas qu’à Kankan et aux Kankanais seulement. Le non Kankanais et l’Africain en général, s’y mirent à leur tour, tant la similarité est infinie. Par ce vécu, l’on se voit partagé entre deux réalités dont la cohabitation n’est pas forcement amicale: le pouvoir colonial se jetant sur la tradition locale, chacun cherchant à se maintenir dans ses valeurs originelles. Telle est, pour commencer, l’une des empreintes de cette œuvre.
De l’enfance de Jeanne, l’on retiendra l’influence d’une famille modeste, monogame, musulmane et intellectuelle: une mère sage-femme qui après Dieu, lui fut l’être le plus proche, et un père receveur des Postes et télégraphes. Ce couple, servant mesurément amour et rigueur à leur toute petite, ainée de la famille qui doit être porteuse de l”emblème” familiale. Cette influence filiale confirma à coup sûr, la “rébellion positive” qui permit à la jeune Jeanne de supporter l’école, tout en ne se laissant pas marcher sur les pieds par ses camarades écolières et ceux qui viendront après.

Finissant le niveau scolaire Guinéen et atteignant l’étape de Rufisque où elle doit recevoir, pendant quatre ans sa formation d’institutrice, Jeanne Martin Cissé, sera influencée par les dispositions de l’école, ainsi que les différents courants qui y prendront corps.
Avec les tumultes liées à toute vie d’élève ou d’étudiant, cette étape de Rufisque, au Sénégal ne sera pas au nombre des plus faciles, même si, de par les rencontres, les compétitions artistiques, les autres incitations au succès, la joie et le réconfort domineront les jours bas et de mélancolie.

Apres l’école normale, Jeanne retournera en Guinée où un mariage complètement arrangé par les tantes qui ont pu balancer sentiments et cursus, l’attendra . Elle épousera donc ce jeune Camara, inspecteur de Police qui, à la fleur de l’âge, sera fatalement victime d’un accident de circulation, suite à une visite de chef d’Etat, alors qu’il était membre du cortège présidentiel. Au sommet de sa première maternité, ce fait sera très marquant pour Jeanne, malgré la présence de sa belle famille dont l’attention et l’affection lui étaient indéfectibles. Mohamed Camara sera le fruit humain de ce premier mariage. Elle Jeanne, de son esprit, la vie va avec ses épreuves: pas toujours les bonnes. Il ne faut donc pas se laisser divertir par les vicissitudes de la même vie. De ce point de vue, il faut donner de l’énergie à sa profession qui consiste à la formation des tout-petits, ici à l’école de Tombo, comme l’avaient d’ailleurs “imprimé” les longues années passées à l’école normale de Rufisque.

Dans cet engagement, Jeanne sera surprise par une mutation qui l’amena à Dakar au Sénégal où naitront ses débuts en politique. Oui, à Dakar, cette ville capitale de l’Afrique Occidentale Française, dans la même grande cour politique que les anciens collègues de Rufisque, face à ce climat pollué de la décolonisation. Le choix sera donc facile pour la fille du Milo. Ensemble avec les anciens de l’école, et parfois avec d’autres, elles mettront en place un mouvement féminin dont les phares seront braqués sur l’émancipation de la femme Africaine, dans un monde où la décision est masculine et l’exécution, féminine.

Entre temps, la jeune dame contractera sa seconde noce avec Ansoumane Touré, un jeune Guinéen rencontré dans le milieu. Il sera le père de ses autres enfants, et mourra dans une des geôles de la Révolution à Kindia , le même établissement pénitencier qu’elle Jeanne, connaitra de longues années après.

Son parcours quant à lui continue et se fait ascendant: les échanges avec les autres mouvements féministes mondiaux persévèrent et, de l’apprentissage, les lueurs de la politique pure et dure s’annoncent, avec pour conséquence le mixage des capitaux confiance et relations. Jeanne sera appelée dans son pays d’origine, après des années de combat passées aux cotés du leadership féminin Africain.

Au cours d’une conférence à New York, Madame Jeanne Martin Cissé sera interpellée par l’Ambassadeur. Ce serait l’annonce du décret de sa nomination au même poste de Représentant de la Guinée aux nations-Unies.

Paradoxalement, ce moment coïncida à la session du Conseil de Sécurité des Nations-Unies dont la chaise tournante fait de la République de Guinée présidente de cette instance mondiale. Aux regards des décideurs de cette branche sécuritaire, il est un signe de souveraineté d’envoyer une femme dans un concert d’hommes.

Surtout les plus confiants et avertis de la politique de leur pays dont ils ont la mission de “vendre” au monde. Mais à un moment aussi important que la présidence du Conseil de Sécurité, ces décideurs pensent qu’une femme n’offre pas suffisamment d’aisance à remplir cette tache extraordinaire.

Ils suggèrent la présence du Ministre des Affaires étrangères comme suppléant à ce grand débat. Quelle en sera l’attitude-réponse du Président Ahmed Sékou Touré; les questions sur le témoignage de Madame Jeanne Martin Cissé sur la mort du Président Sékou Touré et les circonstances qui ont précédé et succédé sa mort ; le temps et les conditions de pénitence ; les grands témoignages dans les horribles quatre murs de Boiro et de Kindia ; l’après prison, la route et les conditions de l’ «exil », sont autant de réalités et de portes fermées dont ce livre est la clé d’ouverture. Un livre spécialement à lire et exactement recommandable.

Lamine Sununu Kaba
Présence Africaine : 18,30 €

 

Présence africaine

Jeanne Martin Cissé est guinéenne, « fille du Milo », cet affluent du grand fleuve Niger qui irrigue une terre de tradition prestigieuse, proche des racines de l’Empire du Mali. D’une enfance baignant dans le temps de la domination coloniale, la voici projetée, à l’orée de la vie adulte, dans l’aventure de la décolonisation, et bientôt auprès du président Sékou Touré, champion de l’indépendance. C’est un parcours exceptionnel de militance politique à travers le siècle, jusqu’au coup d’État de 1984 où elle connaît la dure répression des putschistes. La voici représentante de la Guinée indépendante aux Nations Unies, première femme appelée à présider le Conseil de Sécurité, avant de reprendre sa place au sein du Bureau politique et du Gouvernement de son pays. Ce témoignage autobiographique important et rare sur l’histoire vécue de la décolonisation éclaire davantage les défis historiques de la conquête de la liberté que les dérives tragiques qui ont suivi. C’est aux historiens que revient la mission délicate et capitale entre toutes de faire apparaître la part d’ombre dans le champ de lumière, mais nul doute que Jeanne Martin Cissé, sortant du silence, doit avoir voix au chapitre, en sa qualité de patriote engagée.




Je sais pourquoi chante l’oiseau en cage

Je sais pourquoi chante l’Je sais pourquoi chante l'oiseau en cageoiseau en cage ou de son titre original : I Know Why the Caged Bird Sings) est un roman autobiographique publié en 1969 sur les jeunes années de l’activiste et écrivaine américaine Maya Angelou.

Premier d’une série de sept volumes, ce roman initiatique illustre combien force de caractère et amour de la littérature peuvent aider à affronter le racisme et les traumatismes.

Le récit commence lorsque Maya, alors âgée de trois ans, et son frère aîné sont envoyés dans la ville de Stamps, dans l’Arkansas, afin d’y vivre chez leur grand-mère et se termine lorsque l’auteur devient mère à l’âge de dix-sept ans après avoir été violée par son beau-père.

Le livre raconte comment Maya, victime de la xénophobie, de l’abus de pouvoir et souffrant d’un complexe d’infériorité, se transforme petit à petit en une femme digne, sûre d’elle, capable d’affronter le racisme.

Ce sont son ami l’écrivain James Baldwin et son éditeur Robert Loomis qui demandèrent à Maya Angelou d’écrire son autobiographie.

De par l’emploi de techniques stylistiques propre à la fiction, certains critiques ont vu dans son œuvre plus un roman autobiographique qu’une biographie, là où la majorité de la critique y a vu une autobiographie dont Maya Angelou en aurait changé et étendu les codes. Le récit traite de sujets propres aux autres biographies d’Américaines noires durant les années qui suivirent le mouvement afro-américain des droits civiques : la maternité d’une femme noire, une critique du racisme, l’importance de la famille, et la quête de l’indépendance et de la dignité de la personne.




CONTE : les couleurs de l’amitié

Un jour, toutes les couleurs du monde se mirent à se disputer entre elles, chacune prétendant être la meilleure, la plus importante, la plus belle, la plus utile, la favorite.
Le vert affirma :
Je suis le plus essentiel, c’est indéniable. Je représente la vie et de l’espoir. J’ai été choisi pour l’herbe, les arbres et les feuilles. Sans moi, les animaux mourraient. Regardez la campagne et vous verrez que je suis majoritaire.
Le bleu prit la parole :
Tu ne penses qu’à la terre mais tu oublies le ciel et l’océan. C’est l’eau qui est la base de la vie alors que le ciel nous donne l’espace, la paix et la sérénité. Sans moi, vous ne seriez rien.
Le jaune rit dans sa barbe :
Vous êtes bien trop sérieux. Moi j’apporte le rire, la gaieté et la chaleur dans le monde. Pour preuve, le soleil est jaune, tout comme la lune et les étoiles. Chaque fois que vous regardez un tournesol, il vous donne le goût du bonheur. Sans moi, il n’y aurait aucun plaisir sur cette terre.
L’orange éleva sa voix dans le tumulte :
Je suis la couleur de la santé et de la force. On me voit peut-être moins souvent que vous mais je suis utile aux besoins de la vie humaine. Je transporte les plus importantes vitamines. Pensez aux carottes, aux citrouilles, aux oranges aux mangues et aux papayes. Je ne suis pas là tout le temps mais quand je colore le ciel au lever ou au coucher du soleil, ma beauté est telle que personne ne remarque plus aucun de vous.
Le rouge qui s’était retenu jusque là, prit la parole haut et fort :
C’est moi le chef de toutes les couleurs car je suis le sang, le sang de la vie. Je suis la couleur du danger et de la bravoure. Je suis toujours prêt à me battre pour une cause. Sans moi, la terre serait aussi vide que la lune. Je suis la couleur de la passion et de l’amour, de la rose rouge, du poinsettia et du coquelicot.
Le pourpre se leva et parla dignement :
Je suis la couleur de la royauté et du pouvoir. Les rois, les chefs et les évêques m’ont toujours choisie parce que je suis le signe de l’autorité et de la sagesse. Les gens ne m’interrogent pas, ils écoutent et obéissent.
Finalement, l’indigo prit la parole, beaucoup plus calmement que les autres mais avec autant de détermination :
Pensez à moi, je suis la couleur du silence. Vous ne m’avez peut-être pas remarquée mais sans moi vous seriez insignifiantes. Je représente la pensée et la réflexion, l’ombre du crépuscule et les profondeurs de l’eau. Vous avez besoin de moi pour l’équilibre, le contraste et la paix intérieure.
Et ainsi les couleurs continuèrent à se vanter, chacune convaincue de sa propre supériorité. Leur dispute devint de plus en plus sérieuse. Mais soudain, un éclair apparut dans le ciel et le tonnerre gronda. La pluie commença à tomber fortement. Inquiètes, les couleurs se rapprochèrent les unes des autres pour se rassurer.
Au milieu de la clameur, la pluie prit la parole :
Idiotes ! Vous n’arrêtez pas de vous chamailler, chacune essaie de dominer les autres. Ne savez-vous pas que vous existez toutes pour une raison spéciale, unique et différente ? Joignez vos mains et venez à moi. Les couleurs obéirent et unirent leurs mains.
La pluie poursuivit :
Dorénavant, quand il pleuvra, chacune de vous traversera le ciel pour former un grand arc de couleurs et démontrer que vous pouvez toutes vivre ensemble en harmonie. L’arc-en-ciel est un signe d’espoir pour demain. Et, chaque fois que la pluie lavera le monde, un arc-en-ciel apparaîtra dans le ciel, pour nous rappeler de nous apprécier les uns les autres.
Auteur inconnu